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Nathan pas demain

Pierres blanches

2 Décembre 2014 , Rédigé par JP Publié dans #états d'âme

Il n'est pas toujours facile de retranscrire les turbulences qui traversent l'âme, le cœur la tête quand on est un père en deuil.

La douleur et la peine sont de puissants aiguillons à l'écriture et l'envie de s'exprimer. J'ai compris, avec un poil de retard, l'expression "écorché vif" qu'on associe au compositeur, au poète. Oui, la douleur est un puissant aiguillon, surtout pour dire sa peine.

Pourtant il est des temps de douleurs moins vives, de sensations anesthésiées, comme si, le corps ou l'esprit fermait les écoutilles. Dans ces périodes je ne sais pas si je refais des réserves d'énergie ou si ce n'est qu'illusion, mais ce temps est encore moins propice à l'écriture et l'expression. Du coup, je dois ici faire l'effort de les tracer, car ne laisser que des pierres sombres sur le chemin n'est pas le reflet de la réalité. Oh, ils ne sont pas tout blancs ces moments, les sourires restent timides, les envies mesurées et le brouillard qui obstrue le chemin ne se lève jamais complètement.

Pendant ces instants, dont les limites sont toujours floues, j'essaye de composer ce que pourrait être le futur, reposer des projets et des lignes directrices, recréer du lien. C'est aussi un moment où il ne faut pas culpabiliser. Ce n'est pas l'oublier (oh non!) ce n'est pas mettre de côté mon petit. Il est difficile de s'accorder ce droit à avoir le cœur un tant soit peu plus léger, il est difficile de ne pas se reprocher ce rire sur une blague d'un copain. Toujours là, tapie, sournoise cette foutue culpabilité.

Avoir à nouveau envie de faire une activité ou reprendre une occupation, qui ne soit pas obligatoire ou mécanique. Essayer de recréer du lien, car au cœur de notre engourdissement, on a bien reçu les signes de soutien ou d'encouragement sans pour autant avoir été capable d'y répondre, encore moins capable d'initier. La tentation de croire que tout est linéaire est forte, de part et d'autre de la ligne qui sépare l'endeuillé des autres. Comment pleurer un jour, rire le lendemain, distant un moment, besoin d'appartenir à un groupe l'instant d'après, comment le faire sans se poser la question de l'inconstance, la versatilité.

Non tout n'est pas linéaire, le bon vieux "ax + b" qui amène gentiment à sortir de sa peine, qui, immanquablement ramène au rivage. Question mathématiques, c'est plus la théorie du chaos qu'il faut avoir en lecture de chevet.

Poser une pierre blanche, juste fermer les yeux et sentir la chaleur remonter, encore une fois ...

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